Emmanuel Macron a rencontré l’opposante biélorusse Svetlana Tikhanovskaia, exilée à Vilnius, lors de sa visite en Biélorussie. Dès son arrivée, le président français avait indiqué que la France ne reconnaissait pas la réélection d’Alexandre Loukachenko et a plaidé pour une médiation de l’OSCE. Svetlana Tikhanovskaia a ainsi été interviewée par RFI. Retrouvez l’essentiel de cet entrevue :

Y-a-t-il eu des percées lors de votre rencontre avec Emmanuel Macron ?

Nous venons d’avoir une rencontre intéressante et cordiale. J’ai constaté qu’Emmanuel Macron est très bien informé sur la situation en Biélorussie – jusqu’aux moindres détails. Nous sommes en effet très reconnaissants à la France pour son soutien. La France appuie la mise en place des sanctions contre les responsables des violences post-électorales.

En effet, Emmanuel Macron est convaincu que les élections libres et honnêtes, que nous appelons de nos vœux, doivent se tenir en Biélorussie dans les plus brefs délais. Pour cause, selon ses propos, il y a trop de gens qui souffrent. J’ai vu qu’il était vraiment préoccupé par le sort de nos prisonniers politiques et les victimes de la torture. Ses sentiments très sincères envers la Biélorussie sont très visibles.

Avez-vous discuté des moyens de faire pression sur les autorités biélorusses et de mesures concrètes?

Nous lui avons dit que nous avons besoin d’une médiation pour établir le dialogue afin de trouver une issue à la crise politique dans notre pays. Emmanuel Macron s’est dit prêt à cette médiation, avec d’autres pays. En sa qualité de responsable politique fort, il serait évidemment indispensable pour mener cette médiation. D’ailleurs, nous nous sommes accordés sur le fait que la meilleure plateforme pour cette médiation serait celle de l’OSCE. Il est prêt à nous soutenir et à parler de ces négociations aux autres responsables politiques importants

De quels leaders s’agit-il ? Vous parlez de négociations avec Vladimir Poutine ?

Oui, exactement. Nous avons dit au président Macron que nous sommes prêts et ouverts au dialogue avec les autorités russes. Ce dialogue est d’ailleurs d’une grande importance pour nous. Emmanuel Macron nous soutient dans notre volonté de dialogue avec la Russie et, je pense qu’il est prêt à nous aider à engager ce dialogue.

Il y a quelques jours, Alexandre Loukachenko a en effet accusé Emmanuel Macron de prêter trop d’attention à une des ex-candidates à l’élection présidentielle. Avez-vous peur qu’après la rencontre avec Emmanuel Macron, il vous qualifie de « marionnette française » ?

Écoutez, Alexandre Loukachenko m’a déjà traitée de marionnette de toutes sortes. Jadis, mon époux, (opposant emprisonné), Serguei Tikhanovski était décrit comme une marionnette de la Russie. Aujourd’hui, je suis désormais traitée de marionnette de la Pologne, de la République tchèque, des Etats-unis, etc. Monsieur Loukachenko accuse toujours les autres de ce qui se passe en Biélorussie. Mais s’il voulait vraiment savoir qui est à l’origine des protestations en Biélorussie, il lui suffirait de se regarder dans le miroir.

Craignez-vous que votre rencontre avec Emmanuel Macron soit mal vue par Moscou alors que les tensions vont croissant entre la Russie et l’Europe ? Vos rencontres avec les responsables occidentaux ne rendront-elles pas plus compliquées vos relations avec le Kremlin ?

Nous sommes ouverts au dialogue avec tous les pays, et l’avons maintes fois répété. Il nous faudrait peut-être maintenant faire plus d’efforts pour entamer le dialogue avec la Russie pour que nos contacts avec les responsables politiques des autres pays ne soient pas perçus là-bas d’une manière négative. Mais je le répète : ce qui se passe en Biélorussie n’est qu’une affaire intérieure de notre pays. Tout ceci n’est dirigé ni contre la Russie, ni contre l’ouest, ni l’est, ni le sud. C’est une crise intérieure. Nous voulons voir cette crise désamorcée le plus rapidement possible et nous sommes prêts à parler avec tous les pays pour lesquelles le peuple biélorusse et les droits de l’homme sont importants. Par conséquent, nous sommes ouverts au dialogue avec tous les pays.

Pensez-vous que la Russie, qui accorde son crédit et son soutien politique à Alexandre Loukachenko s’immisce dans les affaires intérieures de la Biélorussie ?

Il est en effet dommage que Vladimir Poutine se soit rangé du côté du dictateur et pas du côté du peuple biélorusse. Nous sommes amis avec le peuple russe et nous ne voulons pas nous fâcher avec lui. Mais ce n’est pas très agréable de voir comment un dictateur est ainsi soutenu.

Êtes-vous prête personnellement au dialogue avec Vladimir Poutine ? Êtes-vous prête à le rencontrer s’il le propose ? Le Kremlin vous a-t-il déjà contactée ?

Non. A l’heure actuelle, personne ne nous a encore contacté de Moscou. Je veux dire, aucun responsable russe. Mais bien évidemment, nous sommes toujours disposés au dialogue, aux discussions.

Avez-vous d’autres rencontres prévues prochainement dans l’Union européenne ?

Notre rencontre avec la chancelière Angela Merkel est d’ailleurs prévue la semaine prochaine. Nous aurons d’autres entretiens en Europe, que ce soit en tête-à-tête ou en ligne, à distance. Ces rencontres sont d’une grande importance pour trouver une issue pacifique à notre crise. Notre position est par principe pacifique. Par conséquent, nous voulons absolument éviter l’escalade de la violence de la part des autorités biélorusses. Nous souhaitons régler cette crise au plus vite.

Dans quel délai ?

Nous sommes prêts, pourquoi pas dès demain.