Estimant avoir été injuriée cet été par un célèbre gilet jaune, la première dame avait déposé plainte. Mais la procédure a été annulée pour un vice de forme, rapporte «Var-Matin».

Question posée par Ludovic le 02/10/2020

Bonjour,

Vous nous demandez «Est il vrai que Brigitte Macron a perdu un procès contre un gilet jaune récemment ?» C’est le titre d’un article de Gala du 1er octobre : «Brigitte Macron déboutée par la justice : pourquoi elle a perdu face à un gilet jaune». L’info fait même son chemin jusqu’à des sites béninois ou togolais. Ou, plus près de nous, sur des sites locaux de gilets jaunes.

Mais c’est d’abord le quotidien local Var-Matin, présent à l’audience qui se tenait le 30 septembre au tribunal de Toulon (Var), qui a fait état de cette décision, rapportant que les juges ont conclu à la nullité de la procédure intentée par Brigitte et Emmanuel Macron à l’endroit du prévenu.

Homards

Les faits remontent à l’été 2020. Alors que le couple présidentiel est en vacances au Fort de Brégançon, le 8 août, des gilets jaunes se réunissent sur la plage toute proche, et mettent à l’eau plusieurs homards gonflables. Parmi eux, Stéphane Espic, figure bien connue du mouvement (il se filme sur son embarcation).

En plus des invectives qu’il profère ou d’un doigt d’honneur, Stéphane Espic a écrit sur son homard gonflable des insultes à l’endroit de la première dame. Ce dont témoigne une vidéo, diffusée le 9 août en direct sur Facebook, alors que Stéphane Espic retente la traversée vers le fort de Brégançon. Rebelote le 11, où des gendarmes à bord d’un canot pneumatique relèvent son identité. Il est ensuite convoqué le 17 août à la brigade de gendarmerie de Borme-les-Mimosas (Var), d’après sa convocation.

Stéphane Espic comparaissait ce 30 septembre devant le tribunal correctionnel de Toulon, pour «injure publique envers le président de la République» et «injure publique et diffamation envers particulier(s)», selon Var Matin.

Nullité

«Très heureux de vous annoncer qu’on a fait sauter la procédure», tweete l’avocat du prévenu, Juan Branco, à la suite de l’audience. «On n’est même pas allé sur le fond», ajoute dans un live Facebook l’intéressé, sur les marches du tribunal varois.

Le journal Var-Matin détaille ce qui a justifié l’avis favorable donné par les juges aux conclusions de nullité émises par la défense : «Il est apparu qu’un tiers (le responsable de la sécurité de l’Élysée) avait déposé plainte pour le compte du président de la République. Un avocat s’était bien chargé de déposer plainte pour le compte de Brigitte Macron, mais celui-ci n’a pas produit de mandat de représentation… Et la Première dame n’a pas signé la plainte, a souligné la juridiction toulonnaise.» C’est donc bien sur la forme, selon le quotidien local, que s’est nouée la décision.

En effet, dans la loi de juillet 1881 sur la liberté de la presse qui encadre le délit d’injure, l’article 48 dispose que «la poursuite n’aura lieu que sur la plainte de la personne diffamée ou injuriée» (qu’il s’agisse, d’ailleurs, du président de la République ou d’un particulier). Cette disposition n’a pas été respectée dans un premier temps, puisque c’est un salarié de l’Elysée qui a déposé plainte, nous notifie Juan Branco. Qui ajoute : «L’avocat de Brigitte Macron a tenté de renflouer la chose avec une plainte supplémentaire, elle aussi entachée de nullité.»

Contactées, la justice toulonnaise, et la présidence de la République n’ont pour l’heure répondu à nos sollicitations.

Plusieurs condamnations

Stéphane Espic, figure médiatique du mouvement (interviewé en longueur ici ou là) n’en est pas à son coup d’essai. En mai 2019, il «revendiqu[ait] [s]on doigt d’honneur au chef de l’Etat», qui lui avait valu un placement en garde à vue puis un classement sans suite de la procédure par le parquet de Paris, selon Le Point. En août de la même année, il est arrêté alors qu’il tague une palissade de chantier près de l’Assemblée nationale, et après avoir tagué la permanence versaillaise du député LREM Didier Baichère, selon le Parisien. Septembre 2019, il revendique également la dégradation de la permanence du député et patron de LREM Stanislas Guérini à Paris.

Selon ses propres déclarations, un certain nombre de ces faits (et d’autres) ont valu à Stéphane Espic plusieurs condamnations, à Paris, quelques jours après l’annulation de la procédure varoise. Il annonce (toujours sur Facebook) interjeter appel